Le général MARGUERITTE

Un Héros KOUBEEN ...Le Général MARGUERITTE

Auguste MARGUERITTE naquit à Manheules, dans la Meuse, en 1823. Son père étant nommé gendarme en Algérie en 1831, c'est un enfant de huit ans qui découvre l'Afrique. Son père est en poste à Kouba. Dès onze ans, ayant une parfaite connaissance de la langue arabe, il sert d'interprète et accompagne les gendarmes dans leurs missions. A quinze ans, il s'engage dans les gendarmes maures et participe à de nombreuses expéditions. Trois ans après il est Sous-lieutenant. Mais les gendarmes maures étant licenciés, Auguste Margueritte perd son grade et redevient simple soldat au 4ème Chasseurs d'Afrique. Convois, expéditions et combats se succèdent, il reprend du grade, commande le bureau arabe de Teniet-el-Haâd puis celui de Laghouat. Là véritable souverain de trente deux ans, il excelle en tant qu'administrateur et bâtisseur. C'est à Laghouat que naît son premier fils, Paul, qui écrira plus tard : « J'appartiens à cette race, mal définie et cependant caractérisée, d'enfants nés sur le sol africain, élevés dans une terre ardente et mêlant à des langueurs de créole, les brusques réveils du tempérament héréditaire. »

Devenu colonel, Margueritte commande le 1er Chasseurs d'Afrique à Blida où naîtra en 1867 son second fils, Victor.

Au moment de la déclaration de la guerre de 1870, Auguste Margueritte est général de brigade à Alger. Les régiments d'Algérie sont appelés en renfort en France.

Le 1er septembre 1870 le Général Margueritte allait être mortellement blessé à la bataille autour de Sedan. Le commandement lui ordonna de retarder la progression des Prussiens, c'est à dire de sacrifier sa Division, en chargeant leur infanterie. Occupant le plateau de Floing, le Général Margueritte examina à découvert le terrain où il allait manœuvrer sa cavalerie. Il était parvenu au lieu dit Le Terme, près d'un bois appelé l'Algérie, « coïncidence vraiment étonnante et qui semble comme un arrêt du sort , lorsqu'une balle lui traversa les deux joues, brisant les dents et coupant une partie de la langue. Ses deux mille chasseurs venus d'Afrique le virent descendre du plateau, la figure ensanglantée. » Margueritte rassemblant ses forces se retourna et, tendant le bras dans la direction de l'ennemi, il articula des syllabes rauques : En avant!

Ce fut une charge terrible, un véritable suicide. « Le roi Guillaume, sa lorgnette aux yeux suivait comme au spectacle le déroulement sans fin des charges de la Division Margueritte et devant le tourbillon d'hommes et de chevaux massacrés en vain, admirant malgré lui la grandeur de l'héroïque folie, il s'écria : »Oh! Les braves gens ».

Après la débâcle de Sedan, le Général Margueritte fut dirigé sur la Belgique. C'est là qu'il mourut le 6 septembre 1870 des suites de la blessure reçue cinq jours auparavant. Sa dépouille fut ramenée en Algérie au Beau Cimetière de Mustapha…

La première statue, en bronze, du général fut inauguré le 2 juin 1884 à Fresnes-en-Woêvre, localité toute proche de son lieu de naissance. Le sculpteur Albert Lefeuvre travailla d'après des photographies et des témoignages fournis par la famille, modela un « groupe mouvementé où un chasseur d'Afrique soutient le génaral blessé, qui se dresse en désignant de son épée, la direction de la charge. » En 1914, le village fut bombardé et la statue décapitée par un éclat d'obus. Le sculpteur Gaston Broquet remodela la tête vers 1930. Le groupe qui a retrouvé sa forme première existe toujours sur la place de Fresnes-en-Woevre. Une seconde statue fut inaugurée à Kouba en 1887. « Comme elle est plus près de ma sympathie, la statue algérienne, celle dont jeune brigadier de spahis, je vis en 1887, à Kouba, tomber le voiles un éclatant soleil printanier! » écrivait Victor Margueritte.

C'était dans l'après-midi du 17 avril 1887. « Les pins répandaient leur senteur, la Méditerranée déroulait mollement ses tapis bleus dans l'or tiède de l'après-midi. » Madame Margueritte et ses deux fils étaient au premier rang. Témoin, l'écrivain Emile Masqueray rendra compte dans le Journal des Débats : «  Beau jour où des milliers d'hommes pressés sur l'esplanade ensoleillée et sur les hauts talus ombragés d'arbres jeunes, une foule d'uniformes, de toilettes de femmes, de vestes et de blouses, frémissant sous le fouettement des oriflammes et des drapeaux tricolores, généraux en grande tenue, gouverneur de l'Algérie, chefs arabes du sud à la barbe grise, ouvriers et colons, tous venus là pour l'applaudir ont senti passer dans leurs âmes en le revoyant, le frisson de la gloire. » Au moment où le voile aux couleurs nationales enveloppant la statue fut enlevé, les applaudissements fusèrent, la musique joua la Marseillaise, le moment des longs discours était arrivé.

Le Maire de Kouba M. Verlaguet compara Margueritte à Bayard et souligna « qu'à Kouba, c'est l'enfant du pauvre, l'enfant sorti des entrailles de la démocratie, l'enfant qui, à force de volonté, d'énergie et de courage, sut émerger, se placer au premier rang, se faisant aimer et admirer de tous. » Un conseiller général indigène, M. Ben Siam; prononça ensuite un discours au nom de son père qui fut le compagnon de Margueritte : »Nous autres indigènes, n'avons pas coutume de conserver par des images des souvenirs de nos morts, mais puisque vos usages sont différents, nous sommes venus avec empressement coopérer à l'élévation de cette statue afin de perpétuer la mémoire de Margueritte, un des meilleurs qu'ait vu notre Algérie depuis qu'elle est devenue terre française.

L'auteur de la statue de Kouba, Albert Lefeuvre, ayant aussi fait celle de Fresnes-en-Woevre, elles sont donc de facture semblable. Margueritte est représenté debout :  « Contemplant, par delà la pente verdoyante du coteau, la mer bleue qu'il traversa pour aller, dans une mort héroïque, parachever sa gloire. » Il tient dans la main droite un manuscrit à demi déroulé sur lequel sont inscrits: France, Algérie, Laghouat, l'autre main est appuyée sur la poignée du sabre. Derrière Margueritte est dressé un siège pliant. Les Koubéens racontaient que le sculpteur l'avait mis là pour que le général puisse s'y asseoir la nuit afin de se défatiguer de la pose tenue tout le long de la journée. Délicate attention que les enfants de Kouba tentaient de vérifier le moment venu… mais en vain. Leurs parents leur expliquaient alors que la nuit n'avait pas été suffisamment noire ou qu'ils avaient du faire trop de bruit.

La dédicace était consacrée : A la mémoire du général Margueritte, ancien élève de l'école communale de Kouba, tué à Sedan à l'âge de quarante-sept ans, et des Algériens tués comme lui, à l'ennemi pendant la campagne de 1870-71 en combattant pour la France.

Une autre inscription indiquait : Monument dû au patriotisme des Algériens et élevé par souscription publique. Les faces latérales portaient des inscriptions en caractères arabes où il était dit notamment : Fidèle à la foi jurée, il respectait nos croyances et nos coutumes. Il avait mérité notre affection, et plus loin : Nous nous sommes cotisés. Le produit de notre contribution s'est élevé à la moitié du prix de cette statue.

Victor Margueritte aurait aimé que l'on gravât sur ce socle l'extrait d'une lettre que le général envoya un jour à sa femme et où il écrivait :

« Ma véritable vocation n'est pas d'être soldat. Je n'aime pas la guerre, j'en subis l'entraînement quand je suis soumis à son action, de sang froid j'en ai horreur : bâtir, planter, cultiver la terre, faire des travaux d'utilité, voilà ce qui me convient et c'est à cela que j'ai trouvé satisfaction dans ma carrière. »

Extrait du livre « Monuments en Exil »

La dernière citation est désormais sur le socle de la statue transférée à Floing dans les Ardennes